la gazette des Beaux-Arts – 1952

La gazette des Beaux-Arts juillet aout 1954, p65-68

À un kilomètre de Pont-Aven s’élève l’ancienne chapelle de Trémalo. Elle renferme encore quelques statues de bois polychromes, d’un arbre rustique intéressant. La plus remarquable, dominant la nef, représente un Christ de couleur ivoire. Lorsqu’on ouvre la grande porte, par temps ensoleillé, ce Christ devient franchement jaune, d’autant plus qu’il se détache sur un mur de chaux bleuté et sous une voûte en bois d’un bleu soutenu.

Cette image cruelle dans sa plastique étrange par sa couleur était faite pour obséder Gauguin.

Nous sommes en 1889. L’année précédente, son évolution symboliste et synthétiste c’était fortement affirmée dans la lutte de « Jacob avec l’Ange » ou « La vision du Sermon. Il paraît très préoccupé des rapports de l’âme paysanne avec la religion.

Et voici comment il place l’idole qu’il veut absolument peindre. Dans un paysage qui résume l’aspect de cette partie de la Bretagne – molle ondulation de terrain, maison tapis dans les creux, chants et prairies enrichis de pommiers, peupliers, murets de pierres sèches recouverts de mousse – Le Christ, qu’ont adoré les ancêtres, a été dressé. Sa présence explique ce sentiment d’apaisement résigné qui se dégage des êtres et des choses en ce pays, sentiments bien exprimés dans l’attitude des trois orantes. Ce tableau de silence est à peine troublé par les paysannes et par l’homme enjambant le talus, qui s’en vont au loin.

Quand Octave Mirabeau décrivait ainsi le Christ jaune de Gauguin : …« sa tête a d’affreuses tristesses, sa chair maigre a comme des regrets de la torture ancienne… », il décrivait surtout à son insu, l’œuvre du créateur de cette figure : un imagier anonyme.

Le mérite du peintre est de l’avoir, avec les déformations nécessaires, intégrées dans un ensemble où formes et couleurs s’équilibrent.

Charles Chassé, dans son étude sur Gauguin et le groupe de Pont-Aven, a écrit à ce propos : « voilà donc un filon de religiosité qui ne s’accorderait guère, à première vue, avec les appétits matériels de son possesseur. On serait d’abord tenté de la juger un peu ironique en constatant, dans ces scènes sacrées, certaines déformations qui sembleraient indiquer de la part de l’auteur une intention satirique : l’allongement des bras du Christ jaune, par exemple… mais réfléchissons que, d’abord, Gauguin a toujours introduit, en toute matière , un assaisonnement de raillerie assez saugrenu, ce qui leur enlève beaucoup de portée… »

Il n’y a point de raillerie dans ces grands bras qui raient l’espace, semblant s’interposer entre le ciel et l’humanité. On pourrait, au contraire, trouver cela sublime. Il est certain toutefois, qu’il devait en être ainsi pour la beauté plastique de l’œuvre.

Dans un portrait de Gauguin par lui-même qui figurait dans la collection Maurice Denis, le tableau du Christ jaune tient une place importante dans le fond point on envoie la partie supérieure avec paysage point la toile, légèrement en oblique, est inversée, ce qui montre qu’elle a été réellement placée derrière l’artiste posant devant un miroir point les bras du Christ sont cette fois, plus courts pour l’harmonie de la composition.

Le Christ jaune, Chapelle de Trémalo, Pont-Aven » 1935